Même si l’on peut être sceptique sur l’opportunité d’un remaniement du serment que prête le médecin en fonction des évolutions sociétales, il est certain que le serment médical tel qu’il est prêté actuellement a été très nettement influencé par les évolutions jurisprudentielles récentes du droit de la responsabilité médicale, droit marqué par une prise en compte croissante des droits du patient.
L’étude comparative du serment médical et du serment originel est révélatrice de cette évolution :
"Je respecterai toutes les personnes, leur autonomie et leur volonté, sans aucune discrimination selon leur état ou leurs convictions. J’interviendrai pour les protéger si elles sont affaiblies, vulnérables ou menacées dans leur intégrité ou leur dignité. (...)". Ce principe de non discrimination se retrouve actuellement dans toutes les branches du droit : le Code du travail a ainsi intégré entre autres l’article L 122-45 qui interdit toute discrimination à l’embauche fondée sur des critères tels que le sexe, l’âge, l’appartenance vraie ou supposée à une éthnie, les croyances religieuses ou philosophiques,... Cette lutte contre les discriminations a également inspiré la nouvelle loi sur l’égalité des chances qui légalise des pratiques comme le testing (dans les entrées en discothèque, lors d’entretiens d’embauche ou pour l’accès à la location ou à la propriété immobilière).
"J’informerai les patients des décisions envisagées, de leurs raisons et de leurs conséquences. Je ne tromperai jamais leur confiance et n’exploiterai pas le pouvoir hérité des circonstances pour forcer les consciences". La première partie du texte paraît directement inspirée de la loi 2002-303 du 4 mars 2002 qui érige l’information du patient par le médecin comme un véritable droit qui permet au patient de donner un consentement libre et éclairé à tous les actes qui sont envisagés. Le médecin devient véritablement débiteur de cette information médicale et c’est d’ailleurs sur lui que pèse la charge de la preuve de cette information(relativement difficile à mettre en pratique...)
"Je ferai tout pour soulager les souffrances. Je ne prolongerai pas abusivement les agonies. Je ne provoquerai jamais la mort délibérément". Ce paragraphe correspond quant à lui à la promotion des soins palliatifs, à la prohibition de l’acharnement thérapeutique et à l’interdiction de l’euthanasie. Vu les débats récents qui ont suivi l’affaire Vincent Humbert et l’adoption de la LOI 2005-370 22/04/2005 relative aux droits des malades et à la fin de vie , on peut se demander si dans les prochaines années, une nouvelle modification du serment ne risque pas d’intervenir...